
Il y a des films qu’on regarde et qu’on oublie le lendemain. Et puis il y a « Once ».
Je ne sais même plus exactement comment ce film est arrivé dans ma vie. Probablement un bouche-à-oreille, probablement quelqu’un qui m’a dit « regarde ça, tu m’en redonneras des nouvelles ». Ce qui est sûr, c’est que je ne m’attendais à rien de particulier, et que j’en suis sorti complètement retourné.
Dublin, un trottoir, deux inconnus
Le pitch tient en une phrase : un musicien de rue irlandais et une immigrée tchèque se rencontrent par hasard à Dublin, et vont passer quelques jours à faire de la musique ensemble. C’est tout. John Carney ne cherche pas à vous en mettre plein la vue, il n’y a pas de coup de théâtre, pas de grand spectacle. Juste deux personnes, leurs guitares, un piano dans un magasin de musique, et une connexion qui se crée sous vos yeux.
Ce qui est fascinant, c’est que la musique n’illustre pas l’histoire dans « Once ». Elle EST l’histoire. Les personnages ne se déclarent pas leur amour avec des mots, ils le font avec des chansons. Leurs doutes, leurs espoirs, ce qu’ils n’arrivent pas à se dire en face, tout ça passe par les compositions qu’ils écrivent ensemble. C’est une façon de raconter une histoire intime qui m’a semblé infiniment plus juste que n’importe quelle scène de dialogue bien écrite.
« Falling Slowly » et l’Oscar le plus mérité de l’histoire
Glen Hansard et Markéta Irglová, qui jouent les deux personnages principaux, ont écrit et interprété toutes les chansons du film eux-mêmes. Et ça s’entend. Pas dans le sens technique du terme, mais dans le sens où vous sentez que ces gens ont vraiment quelque chose à dire, que chaque note vient de quelque part de réel.
« Falling Slowly », le morceau central du film, a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale en 2008. Et pour une fois, l’Académie n’a pas fait n’importe quoi. Cette chanson est d’une simplicité désarmante et d’une efficacité absolue. Elle vous attrape et elle ne vous lâche plus, exactement comme le film.
Ce qui ajoute une couche supplémentaire à tout ça, c’est le mélange des cultures musicales dans la bande originale. Carney est irlandais, Irglová est tchèque, et on entend ces deux univers coexister dans la musique sans que l’un écrase l’autre. Il y a une gravité dans certains morceaux qui vient clairement de l’Europe centrale, mélangée à quelque chose de plus brut et de plus folk qui sent Dublin à plein nez. Cette collision-là, elle donne au film une texture sonore qu’on n’entend nulle part ailleurs.
Le film musical pour ceux qui détestent les films musicaux
Je comprends la méfiance. Les comédies musicales hollywoodiennes, avec leurs chorégraphies millimétrées et leurs chansons qui tombent à point nommé, ce n’est pas forcément ma tasse de thé non plus. « Once » n’a rien à voir avec ça.
Carney a tourné en numérique, avec peu de moyens, et ça se voit, dans le bon sens du terme. Le film a cette texture un peu granuleuse des films indépendants des années 2000 qui lui va très bien. Les scènes de musique ne sont pas des numéros, ce sont des moments de vie captés sur le vif, avec toute l’imperfection et l’émotion que ça implique.
La scène où les deux personnages jouent ensemble pour la première fois dans le magasin de musique est probablement une des plus belles scènes de cinéma que j’ai vues. Pas parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle capte exactement ce moment rare où deux musiciens se trouvent et comprennent qu’ils parlent la même langue. Si vous avez déjà vécu quelque chose d’approchant avec quelqu’un, vous allez avoir la gorge serrée.
« Once » est sorti en 2007, il a depuis nourri une comédie musicale à Broadway et influencé toute une génération de films indépendants sur la musique. Mais rien de tout ça ne compte vraiment. Ce qui compte, c’est que dix-sept ans après, le film n’a pas pris une ride, et « Falling Slowly » vous fait encore le même effet la centième fois que la première.
Regardez-le si ce n’est pas encore fait. Et si vous l’avez déjà vu, regardez-le à nouveau.
