« Almost Famous » : le film qui m’a donné envie de tout plaquer pour suivre un groupe en tournée

Almost Famous

Il y a un test infaillible pour savoir si un film sur la musique est vraiment bon : est-ce qu’il vous donne envie d’écouter de la musique en sortant de la salle ? Pas la bande originale du film spécifiquement, de la musique en général. Cette envie physique de mettre un disque, fort, et de ne rien faire d’autre pendant une heure.

« Almost Famous » passe ce test haut la main. Et il le passe à chaque revisionnage.

Cameron Crowe n’a pas inventé l’histoire, il l’a vécue

Ce qui donne au film cette texture si particulière, c’est qu’il est autobiographique. Cameron Crowe a vraiment été ce gamin prodige qui écrivait pour Rolling Stone à quinze ans, qui a vraiment suivi des groupes en tournée dans les années 70, qui a vraiment vécu tout ce que William vit dans le film. Ce n’est pas un réalisateur qui imagine ce que ça devait être, c’est quelqu’un qui se souvient.

Et ça s’entend dans chaque choix musical. Il n’y a pas une chanson dans ce film qui soit là par hasard ou pour faire couleur d’époque. Chaque titre a été choisi parce qu’il dit quelque chose de précis sur un moment, un personnage, un état émotionnel.

Le bus, Elton John, et la scène la plus belle du film

Si vous n’avez jamais vu « Almost Famous », je ne vais pas vous spoiler grand chose parce que le film n’est pas une histoire à twist. Mais il y a une scène dont je dois parler, parce qu’elle illustre mieux que n’importe quel argument ce que la musique peut faire dans un film.

Le groupe vient de traverser une crise sérieuse. Les tensions sont à leur comble, tout le monde est épuisé et à cran dans ce bus qui roule dans la nuit américaine. Et puis quelqu’un met « Tiny Dancer » d’Elton John. Et progressivement, un par un, les personnages commencent à chanter. Pas de façon héroïque ou chorégraphiée, juste comme ça arrive vraiment quand une chanson que vous aimez passe et que vous ne pouvez pas vous en empêcher.

Cette scène est un chef-d’oeuvre de mise en scène précisément parce qu’elle ne force rien. La réconciliation ne passe pas par un grand discours, elle passe par une chanson d’Elton John dans un bus. C’est tellement juste que ça fait mal.

Les années 70 comme paradis perdu

Ce qui me touche dans « Almost Famous », c’est cette façon de dépeindre une époque où la musique avait encore quelque chose de sacré. Led Zeppelin, The Who, Simon and Garfunkel… Ces groupes ne remplissaient pas des stades par algorithme de recommandation, ils construisaient une relation presque physique avec leur public, tournée après tournée, ville après ville.

Crowe le montre sans nostalgie béate, sans prétendre que tout était parfait. Les musiciens sont égocentriques, parfois cruels, souvent perdus. Mais la musique, elle, est réelle. « That’s The Way » de Led Zeppelin qui passe au moment où Penny Lane et le groupe se retrouvent n’est pas un choix anodin. C’est une chanson acoustique, fragile, qui parle de quelque chose d’éphémère et de précieux. Exactement ce qu’est leur relation.

Ce que ce film dit de nous

J’ai grandi avec cette idée que la musique pouvait changer les choses, que suivre un groupe qu’on aimait vraiment était une forme d’acte de foi. « Almost Famous » me renvoie à ça à chaque fois, cette conviction que la musique n’est pas un fond sonore mais quelque chose qui structure une vie, qui marque des périodes, qui dit qui on est.

William dans le film n’est pas juste un journaliste qui couvre un groupe. Il est quelqu’un qui apprend ce que la musique coûte vraiment, ce qu’elle demande à ceux qui la font et à ceux qui l’aiment. Et la bande originale ne commente pas cette leçon de l’extérieur. Elle la délivre directement, note après note.

Petite précision en passant : l’article original mentionne un Oscar pour la meilleure bande originale. C’est inexact, le film a remporté l’Oscar du meilleur scénario original. La bande originale n’a pas été récompensée cette année-là, ce qui reste une injustice assez flagrante.