Queen R est sur le trône, vive Queen R

rihanna

Syndrome plutôt courant, et notamment en France. Je fais un jour A, on me cantonne toute ma vie à A alors que j’ai évolué vers B, C, D, et même jusqu’à Z. Comprenons nous. Nous avons tous connu Robyn Rihanna Fenty avec Umbrella, et on peut dire qu’il n’y a pas grand monde qui s’est armé d’un parapluie pour se protéger de la mettre dans une case [l’instant jeu de mots qui tue].

La chanteuse – et je n’utiliserai pas ce mot bien longtemps – de 28 ans est à ce jour celle qui rassemble le plus de certifications or et platine pour ses singles ; elle est également la première artiste au monde à passer le cap des 100 millions de ventes numériques aux USA. Elle a détrôné à elle seule les Beatles en restant 60 semaines en tête du classement des hits américains avec ses titres.

Rihanna a eu une enfance et une adolescence tiraillée entre discipline, faisant ses rangs à l’école militaire en tant que cadet de l’armée, et excès de par son père, accro à la cocaïne, à la marijuana et à l’alcool. La barbadienne aspire très rapidement à un horizon meilleur et se lance dans une carrière musicale, par la rencontre des producteurs américains Carl Struken et Evan Rogers, après une interprétation a capella des titres Hero de Mariah Carey et Emotion de Samantha Sang.

Elle sortira en 2005 son premier album, Music Of The Sun, auquel l’on doit Pon De Replay, entre autres. Rien de bien transcendant, je vous l’accorde. Son deuxième album, A Girl Like Me, sera porté par les singles SOS ou encore Unfaithful. Nous approchons du mieux, mais ce n’est pas encore ça, bien que le succès commercial soit au rendez-vous. Good Girl Gone Bad, son troisième album, sera moins ancré reggae dance hall et plus affirmé pop r’nb : elle sortira Umbrella, Don’t Stop The Music, ou encore Hate That I Love U. Cet album s’approche peu à peu de la vraie artiste qui sommeillait au fond d’elle, notamment avec une petite pépite à laquelle personne ne s’y attendait : Rehab, en featuring avec le grand Justin Timberlake. Rihanna nous offre un soundtrack doux, aux paroles plus profondes, aux vocalises plus travaillées. Rated R est sorti en 2009, suite aux sombres événements vécus par l’artiste – notamment l’agression par Chris Brown. L’album s’est ainsi voulu plus sombre, réfléchi et personnel : une nouvelle Rihanna est née, émouvant le public avec des titres comme Russian Roulette ou encore Cold Case Love.

L’album Loud, sorti en 2010, apparaitra plus pop et festif, avec What’s My Name ou encore Only Girl ; on y trouvera tout de même la petite pépite Love The Way You Lie, en duo avec le grand Eminem. Talk that Talk sortira dans les bacs en 2011, mettant en lumière les singles We Found Love ou encore Princess Of China en duo avec Coldplay, qui sera sans conteste le bijou de l’album.

Et puis, arriva enfin Unapologetic, en 2012. J’en parle comme de l’arrivée du messie, et j’en conviens ; il s’agit toutefois et tout de même de l’album le plus abouti de Rihanna à ce jour. Pas une petite pépite, ni deux, mais trois gros trésors sont sortis dans cet opus : les singles planétaires Diamonds, Stay, et le bien moins connu Half Of Me. En dessous du parfait, mais toujours bien au-dessus du moyen parfois de rigueur sur les ondes américaines, se distinguent What Now, Lost In Paradise et What’s Love Without Tragedy. Dans la même lignée sortira ANTI en 2015, avec les très puissants mais plus légers Bitch Better Have My Money, Work, et les plus doux American Oxygen et Love On The Brain. La pépite de cet album sera sans conteste Needed Me, alliant prouesses vocales et flow gangsta.

Rihanna sait allier sans conteste modernité, profondeur et « bon gros rn’b bien puissant ». Elle ne prétend être ni un symbole, ni une icône, mais seulement une artiste. Bien plus qu’une chanteuse, elle est auteure-compositrice, interprète, actrice, réalisatrice et styliste. Wikipedia sera bientôt à court de qualificatifs pour la désigner dans sa description, c’est dire. A ses débuts, avec Pon De Replay et Umbrella, on aurait trop vite fait de la ranger dans la case de ces « potiches », petites protégées de gros rappeurs bien masculins toute en chaînes en or, sortant un single un beau jour et tombant dans l’oubli le lendemain. Cela était sans compter sur le talent de la barbadienne, qui explose aujourd’hui tous les records, sans détenir la prétention d’être en train de changer le monde. On la compare très souvent à Beyoncé, qui porte, elle, une mission très lourde sur ses épaules, et dont les motivations et le message sont discutables. Elle se prétend porte-parole de la communauté noire, se dévoile parfois comme étant mystique, avant-gardiste, sortant des singles aux sonorités très singulières. On ne sait parfois pas vraiment où elle cherche à nous emmener, ce qu’elle veut réellement faire. Beyoncé se balade dans le costume un peu trop grand et planétaire qu’on lui a attribué, celui de Queen B. Rihanna fait ses projets en silence, est une véritable performeuse en live. A l’époque de ses premiers singles, les notes n’étaient pas toujours bien placées, la voix était parfois fausse ; le travail se ressent aujourd’hui, avec des performances sans playback, toutes en nuances vocales, et en émotions. Elle posera sa voix lors de représentations ou concerts accompagnée par un orchestre philarmonique, tout en sachant également être extravagante, trash, faisant du Rihanna, pas du Lara Fabian, convenons-en.

Rihanna reste une artiste authentique, qui se lâche de plus en plus. Cela se voit de par ses derniers live, où l’on sent qu’elle s’éclate, qu’elle vit la chanson. Au-delà d’une star planétaire se donnant en spectacle, dans tous les sens du terme, la passion de l’interprétation et du chant est palpable. Sa maîtrise technique à présent améliorée, l’expression scénique s’en retrouve d’autant plus enrichie, faisant d’elle une artiste complète et en constante progression, marquant l’histoire et des plus talentueuses de sa génération. C’est une jeune femme qui a su se remettre en question, apprendre, progresser, ayant l’humilité nécessaire pour vouloir s’améliorer, sans se prendre pour un demi-dieu. Elle cherchera constamment à faire la différence, à innover, tout en n’oubliant jamais qu’elle était la petite fille de la Barbade qui aidait sa mère sur les marchés.

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