Quand j’ai entendu Fête de trop pour la première fois, j’ai dû rembobiner. Pas parce que je n’avais pas compris. Plutôt parce que j’avais besoin de l’entendre encore.
Eddy de Pretto vient de Créteil. Il a cette tête qu’on remarque sans savoir pourquoi : coupe au bol, silhouette frêle, regard qui ne demande pas l’approbation. Depuis l’enfance, il suit des cours de chant, de théâtre, de piano. Il passe par une école d’arts de la scène à Paris, fait quelques apparitions dans des courts métrages. En 2016, il remporte le Prix Inouï au Printemps de Bourges avec ses propres compositions. Le signal est là.
Un an plus tard sort l’EP Kid. Ses influences disent quelque chose de lui : Nougaro, Barbara, Kanye West, Frank Ocean. Un mélange qui ne devrait pas tenir, et qui pourtant définit exactement ce qu’il fait. De la chanson française qui n’a pas peur de sortir de son périmètre.
Fête de trop, premier titre à circuler vraiment, est filmé face à un miroir, avec un téléphone. Rien d’autre. Eddy danse, le texte claque par saccades, et quelque chose de très précis se dégage : la solitude d’une jeunesse qui fait bonne figure. Entre Brel et Stromae, il parle de ses « amants, des garçons de passage » sans s’en excuser. C’est rare. C’est ce qui accroche.
En 2018, l’album Cure sort chez Universal. La promesse de l’EP est tenue. Kid y apparaît en bonne place, avec ce sujet que peu d’artistes français osent vraiment : l’injonction à être un homme fort, viril, sans faille. Maman et Normalcomplètent un tableau cohérent, celui d’un artiste qui sait d’où il vient et ce qu’il veut dire.
Eddy de Pretto n’est pas un phénomène de moment. Il est le genre d’artiste qu’on écoute autrement selon l’âge qu’on a. Et ça, ça ne se fabrique pas.
