Cette pièce de théâtre qui m’a piquée au vif…

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Le 28 septembre 2017, je me suis rendue au Théâtre du Rond-Point. Jusque-là, tout va bien. Mais ce n’était pas pour voir une énième interprétation des Noces de Figaro ou de Fin de Partie. Non. J’ai vu Kery James. Que dis-je ? J’ai vu, j’ai entendu, j’ai compris Kery James. Ou plutôt Soulaymaan Traoré.

Du mal à me suivre ? Je vous raconte. Kery James a présenté sur plusieurs dates au Théâtre du Rond-Point une pièce nommée « À vif », où il partageait la scène avec Yannik Landrein sur un thème : L’Etat est-il responsable de la situation actuelle des banlieues ? Banlieues, État… Je sais ce que vous vous dites : on va manger du cliché. Eh bien non, puisque la pièce prend la forme d’un concours d’éloquence entre deux avocats, Yann Jaraudière et Soulaymaan Traoré, défendant respectivement le pour et le contre.

Ainsi, l’opinion du spectateur oscille entre les deux apprentis avocats pendant toute la pièce, obligeant en douceur et toute vérité notre esprit à se poser les bonnes questions, les mauvaises questions, à réfléchir en somme. D’accord avec l’un, contre l’autre, on ne sait pas quoi penser. Bonnet blanc ? Blanc bonnet ? Ils nous cuisinent et on aime ça.

Le jeu des comédiens, la joute verbale est tellement poignante, forte, prenante, que nous sommes embarqués dans ce sujet qui, bien qu’il aurait pu éveiller notre conscience citoyenne en le lisant sur un article de presse par exemple, pose ici réellement question. Il révèle l’arbre qui cache la forêt, enclenche un brainstorming général menés par deux leaders d’opinion sur les planches.

Ce n’est pas tout. Il y avait une cerise sur le gâteau. Et quelle cerise ! Un extrait live et acoustique de « Lettre à la République » rappé par Kery James lui-même, faisant honneur à sa réputation d’interprète hors du commun.

Vous en sortez sonné, diverti, nourri intellectuellement, et heureux. Heureux que de telles démarches artistiques puissent exister, heureux qu’un rappeur ait su amener son public et bien plus encore jusqu’aux sièges rouge écarlate des théâtres. Dans la salle, tous âges, tous statuts sociaux et toutes origines se confondent. C’en est presque rassurant, d’être en communion face à un projet ambitieux et qui ne se veut pas prétentieux. On ne vous promet pas que vous allez révolutionner la société, trouver un coupable, rire aux éclats ou encore être ému ; seulement, on vous happe dans une réflexion qui n’a pas l’air d’en être une, tant l’exercice est délicieusement mené.

J’ai le regret de vous annoncer pour conclure que la pièce ne se joue plus actuellement, mais elle existe en livret, disponible dans toutes les bonnes librairies. Vous n’aurez pas l’interprétation, l’éloquence et la stature des deux acteurs, mais le message, lui, risque tout de même de piquer votre curiosité… au vif.

Et vous ? Que pensez-vous de ces artistes qui s’essaient à différents types d’art ?

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