
« New York Melody » : John Carney récidive, et c’est toujours aussi efficace
Après « Once », on était en droit de se demander si John Carney allait pouvoir reproduire la même magie. « Once » avait quelque chose d’irréplicable, cette texture de film fauché tourné dans les rues de Dublin avec deux inconnus qui jouaient leurs propres chansons. Comment faire pareil avec un budget hollywoodien, Keira Knightley et Mark Ruffalo ?
La réponse de Carney en 2014, c’est « New York Melody ». Et la réponse est convaincante.
New York comme terrain de jeu musical
Ce qui frappe d’emblée dans le film, c’est la façon dont Carney utilise New York. Pas la carte postale, pas les skylines au coucher de soleil, mais la ville comme espace sonore. Les personnages enregistrent un album en plein air, dans les parcs, sur les toits, dans le métro, et la ville s’invite dans la musique, avec ses bruits, ses accidents, son chaos organisé.
C’est un choix qui dit quelque chose d’important sur ce que Carney pense de la musique : elle n’appartient pas aux studios aseptisés, elle appartient aux endroits où la vie se passe. New York devient un instrument à part entière, et ces séquences d’enregistrement en extérieur sont parmi les plus belles du film.
Gregg Alexander et la résurrection d’un fantôme
La bande originale est signée Gregg Alexander, ancien chanteur des New Radicals, ce groupe américain qui avait sorti un album en 1998, disparu presque aussitôt, et laissé derrière lui « You Get What You Give », une des chansons pop les plus irréductiblement optimistes jamais écrites. Alexander s’était ensuite retiré de la scène pendant des années.
Le voir revenir pour composer « New York Melody » était déjà une histoire en soi. Et le résultat est à la hauteur. Les chansons originales du film ont cette qualité rare d’être immédiatement mémorables sans être sirupeuses, sentimentales sans être manipulatrices. « Lost Stars », interprétée par Adam Levine puis dans une version plus fragile par Keira Knightley, a été nommée aux Oscars. Et honnêtement, dans un film sur des gens qui cherchent leur place dans le monde, une chanson qui parle littéralement de ça ne pouvait pas mieux tomber.
Keira Knightley, la bonne surprise
Soyons honnêtes : Keira Knightley qui chante, sur le papier, ça pouvait faire peur. Et puis on entend sa voix dans le film, volontairement imparfaite, légèrement fragile, et on comprend que c’est exactement ce qu’il fallait. Elle ne chante pas comme une pop star, elle chante comme quelqu’un qui a quelque chose à dire et qui cherche encore comment le dire. C’est infiniment plus touchant qu’une performance vocale impeccable.
Mark Ruffalo de son côté joue un producteur de musique en bout de course, quelqu’un qui a perdu le fil de ce qui lui avait fait aimer ce métier. Sa relation avec Gretta n’est pas une histoire d’amour romantique, c’est une histoire de deux personnes qui se rappellent mutuellement pourquoi la musique vaut la peine qu’on lui consacre sa vie. C’est plus intéressant, et Ruffalo le joue avec cette économie de moyens qui est sa marque de fabrique.
La trilogie Carney et ce qu’elle dit de nous
« Once », « New York Melody », puis « Sing Street » en 2016 : Carney a construit une trilogie informelle sur le pouvoir de la musique comme moyen de survie émotionnelle. Dans chacun de ses films, la musique n’est pas un talent qu’on exhibe, c’est un langage qu’on utilise pour dire ce qu’on ne sait pas dire autrement.
« New York Melody » est peut-être le plus accessible des trois, le plus grand public dans sa forme. Mais il n’a rien perdu de l’essentiel. Si vous l’avez raté en 2014, c’est le bon moment de réparer ça.
