« I Was Made for Lovin’ You » : le soir où Kiss m’a tout donné

KISS

Je vais commencer par la fin : j’ai vu Kiss en live à Montréal. Et je peux vous dire que peu importe ce que vous pensez du groupe, ce que vous pensez de leur maquillage, de leur pyrotechnie, de leur réputation de machine à merchandising, quand « I Was Made for Lovin’ You » démarre en live devant vous avec le son à fond et les flammes qui partent de la scène, vous ne pensez plus à rien de tout ça.

Vous bougez, c’est tout.

Le tube que les fans n’ont pas voulu aimer

« I Was Made for Lovin’ You » sort en 1979 sur l’album Dynasty, et elle crée immédiatement une fracture dans la fanbase de Kiss. Les puristes du hard rock n’apprécient pas. Trop disco, trop lisse, trop calculé. Kiss qui se vend au genre à la mode pour gratter quelques ventes supplémentaires.

Ce grief n’est pas totalement sans fondement. La chanson a été écrite en partie avec le disco en tête, dans un contexte où les labels poussaient leurs artistes rock vers des sonorités plus dansantes pour capter l’audience des clubs. Paul Stanley lui-même a raconté avoir écrit le riff en pensant explicitement à cette direction commerciale.

Mais voilà le problème avec cet argument : la chanson est excellente. Le riff de guitare est immédiatement accrocheur, la ligne de basse de Gene Simmons est hypnotique, et cette façon de mélanger l’énergie du hard rock avec le groove du disco produit quelque chose qui n’appartient vraiment qu’à ce moment précis de l’histoire de la musique populaire, cette frontière de 1979 où deux genres dominants se télescopaient avant que l’un d’eux ne s’effondre.

Les chiffres qui ne mentent pas

Classée 11ème au Billboard Hot 100, numéro un en Europe pendant 27 semaines, près de 600 000 singles vendus en France selon InfoDisc, certifiée disque d’or par la RIAA. Pour une chanson que les fans hardcore considéraient comme une trahison, le grand public a voté différemment et massivement.

C’est souvent comme ça que ça se passe avec les grands tubes : les puristes grincent des dents pendant que le reste du monde danse. Quarante-cinq ans après, « I Was Made for Lovin’ You » reste la chanson de Kiss que tout le monde connaît, y compris les gens qui n’ont jamais écouté un seul autre morceau du groupe.

Une précision qui a son importance : Peter Criss est crédité à la batterie sur l’enregistrement studio, mais c’est en réalité Anton Fig qui joue sur le morceau. Ce genre de détail, qui aurait pu rester confidentiel, est devenu une des anecdotes les plus connues de l’histoire du groupe.

Ce que Kiss fait en live que personne d’autre ne fait

Le soir où je les ai vus à Montréal, j’ai compris quelque chose sur Kiss que je n’avais pas vraiment saisi avant. Ce groupe n’est pas un groupe de rock, c’est un spectacle total. Le maquillage, les costumes, la pyrotechnie, les cracheurs de feu, Gene Simmons qui tire la langue et crache du sang, les confettis, les solos de guitare à vingt mètres de hauteur sur une plateforme hydraulique… tout ça n’est pas du décorum, c’est l’œuvre elle-même.

Et dans ce contexte de cirque rock assumé, « I Was Made for Lovin’ You » devient quelque chose d’encore plus grand que sur disque. Le groove disco s’électrifie, le public entier chante le refrain, et pendant trois minutes et cinquante-sept secondes vous avez l’impression que la musique a été inventée exactement pour ce moment précis.

C’est ça, un grand tube live. Pas une chanson qu’on reconnaît, une chanson qui transforme physiquement l’endroit où elle se joue.

Kiss a annoncé sa retraite des tournées. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de les voir, vous avez raté quelque chose d’unique. Mais « I Was Made for Lovin’ You » sur un bon système son, à fond, fenêtres ouvertes, ça reste une compensation acceptable.