« That Thing You Do » : le film que Tom Hanks a réalisé et que personne n’a vraiment vu

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« That Thing You Do » : le film que Tom Hanks a réalisé et que personne n’a vraiment vu

Je vais être direct : « That Thing You Do » est l’un des films les plus injustement ignorés des années 90. Pas raté, pas oublié, juste passé entre les mailles d’une époque qui regardait ailleurs. Et c’est d’autant plus rageant que musicalement, c’est une masterclass.

Je suis batteur. Ça change tout à la façon dont j’ai regardé ce film.

La chanson la plus parfaite que vous n’avez pas écrite

Tout repose sur un seul morceau : « That Thing You Do », le tube fictif des Oneders, ce groupe de garage de Erie, Pennsylvanie qui se retrouve propulsé dans les charts en 1964 sans vraiment comprendre comment. Et ce morceau est d’une efficacité redoutable, au point qu’on a du mal à croire qu’il n’existe pas vraiment, qu’il n’a pas été écrit à l’époque par des gamins dans un sous-sol quelque part.

C’est Adam Schlesinger, cofondateur des Fountains of Wayne, qui l’a composé. Et ce qu’il a réussi est assez extraordinaire : écrire une chanson de 1964 en 1996, avec tout ce que ça implique de codes, de structure, d’innocence mélodique, sans que ça sonne jamais comme du pastiche. « That Thing You Do » ne fait pas semblant d’être des années 60, elle l’est vraiment. C’est la différence entre un hommage raté et un hommage qui tient la route.

Schlesinger est mort en 2020, emporté par le Covid. Ce film reste l’un de ses monuments, et il méritait beaucoup plus de reconnaissance que celle qu’il a reçue.

Ce que j’entends en tant que batteur

Quand vous regardez « That Thing You Do » sans jouer d’un instrument, vous voyez un film sympa sur un groupe qui connaît le succès. Quand vous êtes batteur, vous voyez autre chose.

Le personnage de Guy Patterson, joué par Tom Everett Scott, est remplaçant au pied levé le jour où le groupe joue la chanson pour la première fois en public. Et il la joue plus vite que prévu, avec une énergie qu’elle n’avait pas avant, et c’est précisément ça qui la transforme en tube. C’est le batteur qui fait la chanson, pas le chanteur, pas le guitariste. Le batteur.

Pour quelqu’un qui a passé des années derrière une caisse claire, cette idée est presque émouvante. La batterie n’est pas un accessoire rythmique dans « That Thing You Do », c’est l’élément déclencheur de toute l’histoire. Sans ce tempo légèrement accéléré, sans cette pulsation qui vous rentre dans le corps immédiatement, les Oneders restent un groupe de garage local et le film n’existe pas.

Tom Everett Scott a appris à jouer pour le rôle et ça s’entend. Les scènes de concert sont crédibles parce que les acteurs jouent vraiment, et cette authenticité change tout à l’expérience.

Tom Hanks réalisateur, la surprise oubliée

On oublie facilement que « That Thing You Do » est le premier film réalisé par Tom Hanks. Et que pour un premier film, c’est d’une maîtrise assez déconcertante. Hanks ne cherche pas à faire un grand film sur la musique, il cherche à capturer quelque chose de très précis : l’euphorie brève et irrépétable du moment où tout s’emballe, avant que la réalité de l’industrie musicale ne reprenne ses droits.

Le film n’a pas de méchant au sens traditionnel. L’industrie n’est pas diabolisée, le succès n’est pas vilipendé. C’est juste une histoire sur des gens ordinaires qui vivent quelque chose d’extraordinaire pendant quelques mois, et qui en ressortent changés, pas forcément abîmés. C’est une vision étonnamment douce et lucide à la fois.

Pourquoi il est sous-coté et pourquoi ça compte

« That Thing You Do » est sorti la même année qu' »Empire Records », autre grand incompris de la même époque. Deux films sur la musique, deux flops commerciaux relatifs, deux œuvres qui ont construit leur réputation lentement, par le bouche-à-oreille, par les rediffusions télévisées, par les gens qui tombaient dessus par hasard et ne l’oubliaient plus.

Ce n’est pas un hasard. Ces films parlent de musique avec un amour et une précision que les productions plus ambitieuses n’ont souvent pas, précisément parce qu’ils n’essayaient pas d’être importants. Ils essayaient juste d’être vrais.

La prochaine fois que « That Thing You Do » passe quelque part, mettez le son fort. Et faites attention à la batterie.