« The Storyteller » de Dave Grohl : le livre qui m’a fait voir sa carrière différemment

Dave Grohl

Je vais commencer par une confession : j’ai longtemps pensé que je connaissais Dave Grohl. Pas personnellement, évidemment, mais dans ce sens où on croit connaître quelqu’un dont on a suivi la carrière depuis des années. Nirvana, Foo Fighters, ses apparitions partout, ses projets en dehors, sa réputation d’homme le plus sympa du rock. Je pensais avoir le tableau complet.

« The Storyteller » m’a prouvé que j’avais tort. Pas sur l’essentiel, mais sur les proportions. Et c’est précisément ça qui en fait un livre remarquable.

Un homme qui transforme tout ce qu’il touche

Dave Grohl a cette qualité rare chez les artistes de son envergure : il semble genuinement passionné par tout ce qu’il fait, sans exception. Pas de la façon dont les stars font semblant d’être passionnées en interview pour promouvoir un projet. D’une façon qui transpire dans chaque décision de carrière, chaque collaboration, chaque projet annexe.

Il a joué de la batterie sur des albums de Queens of the Stone Age, de Nine Inch Nails, de Paul McCartney. Il a produit, composé, réalisé des documentaires. Avec les Foo Fighters il a sorti douze albums qui couvrent un spectre stylistique stupéfiant. Il a formé Them Crooked Vultures avec Josh Homme et John Paul Jones de Led Zeppelin juste parce que ça lui semblait être une bonne idée. Et chaque fois, le résultat est au niveau.

Ce livre raconte tout ça de l’intérieur, avec la voix de quelqu’un qui n’a pas besoin de se valoriser parce que les faits parlent d’eux-mêmes. C’est une autobiographie écrite par quelqu’un qui s’amuse encore, et ça se lit exactement comme ça.

Ce que Nirvana représente vraiment dans sa vie

Voilà ce qui m’a le plus surpris dans cette lecture, et que je n’avais vraiment pas anticipé.

Nirvana a duré environ cinq ans. Dave Grohl avait dix-neuf ans quand il a rejoint le groupe en 1990, vingt-cinq quand Kurt Cobain est mort en 1994. Ces chiffres, je les connaissais. Mais je ne les avais jamais vraiment mis en perspective avec l’ensemble de sa carrière.

Quand on pense à Dave Grohl, Nirvana est souvent la première chose qui vient. Le batteur qui a survécu à la catastrophe, qui a rebondi, qui a créé quelque chose d’autre ensuite. C’est le prisme à travers lequel on tend à lire toute sa trajectoire. Et pourtant, dans « The Storyteller », Nirvana occupe une place étonnamment modeste. Pas parce que Grohl minimise ce que c’était, mais parce qu’il le replace dans sa vraie proportion chronologique : quelques années pendant lesquelles il était très jeune, au milieu d’une vie qui a commencé avant et continué longtemps après.

C’est le passage que beaucoup attendaient avec impatience, probablement. Son témoignage sur Kurt Cobain, sur la fin, sur ce que c’était de vivre de l’intérieur l’un des groupes les plus importants de l’histoire du rock. Il est là, il est sincère, il n’esquive rien. Mais il ne prend pas plus de place que ce qu’il représentait réellement dans une vie qui dure encore.

Cette réalisation m’a arrêté en pleine lecture. Nirvana a marqué toute une génération d’une façon indélébile, et pourtant pour celui qui en faisait partie, c’était un moment court dans une jeunesse encore plus courte. L’asymétrie entre ce que ça représente pour nous et ce que ça représente dans sa vie à lui est vertigineuse quand on y pense vraiment.

Un livre qui ressemble à son auteur

Ce qui rend « The Storyteller » particulièrement réussi, c’est son ton. Dave Grohl écrit comme il parle en interview : avec chaleur, avec humour, avec une tendance à l’anecdote qui aurait pu être épuisante sur trois cents pages et qui ne l’est jamais parce que les anecdotes sont vraiment bonnes.

Il y a des passages sur son enfance à Springfield en Virginie, sur sa mère professeure de lycée qui l’a élevé seule et qui reste manifestement la personne la plus importante de sa vie. Sur ses premières années dans le punk underground de Washington DC, quand il jouait de la batterie dans des salles de vingt personnes pour des gens qui s’en foutaient à moitié. Sur la façon dont il a appris la musique sans jamais vraiment l’apprendre, par absorption, par passion, par obstination.

Ces passages-là sont aussi intéressants que les chapitres sur les grands moments de sa carrière, peut-être plus. Parce qu’ils montrent d’où vient quelqu’un avant de montrer ce qu’il est devenu.

Ce que j’ai retenu en refermant le livre

Dave Grohl n’est pas un génie au sens romantique et torturé du terme. Il est quelque chose de plus rare : quelqu’un qui aime profondément ce qu’il fait, qui le fait avec sérieux sans jamais se prendre au sérieux, et qui a eu la chance ou la sagesse de ne jamais perdre cette relation simple et joyeuse avec la musique malgré tout ce qui aurait pu la compliquer.

« The Storyteller » est le livre d’un homme qui a traversé des choses difficiles, la mort d’un ami et d’un partenaire artistique au premier chef, sans en faire le centre de gravité de son existence. C’est une leçon assez discrète mais assez puissante sur ce que ça signifie de continuer.

Je le recommande sans réserve, aux fans de Nirvana et des Foo Fighters évidemment, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à ce que signifie construire une vie dans la musique sur la durée, avec intégrité et sans se perdre en route.