Whiplash vu par les musiciens de jazz : pourquoi ça coince

Whiplash

Faites le test. Demandez à n’importe quel musicien de jazz ce qu’il pense de Whiplash. Et puisqu’à cette question la grande majorité d’entre eux répondra en grognant « c’est pas du jazz ça », voici une brève tentative d’explication.

Une vision faussée de la musique

L’argument principal porte sur la vision du jazz, et plus généralement de la musique, que le film impose au spectateur. La musique, selon Whiplash, ce n’est pas drôle : c’est de la sueur, des larmes et du sang. Il est évident que la pratique musicale exige rigueur et discipline, mais ce n’est que l’un de ses multiples aspects, et le film le place au premier plan au détriment de tout le reste, notamment du plaisir de jouer.

Dans aucune des scènes se déroulant dans l’école de jazz on ne voit des élèves discuter entre eux, avoir l’air heureux de pratiquer leur instrument ou de partager leur passion. Les relations qu’ils entretiennent ne sont que des rapports de compétition qui, certes, existent dans le milieu musical, mais n’en constituent absolument pas l’essence.

Des détails qui agacent les puristes

À cela s’ajoutent quelques inexactitudes, de vocabulaire notamment, qui peuvent irriter les plus pointilleux. Mais le plus frustrant reste sans doute la bande originale du film, composée et arrangée par Justin Hurwitz, pianiste à la formation surtout classique. Et ça s’entend.

Un film sur le jazz qui ne parle pas de jazz

Regarder Whiplash en tant que musicien de jazz, c’est avant tout frustrant. Frustrant parce qu’on aurait aimé entendre de beaux arrangements de big band. Frustrant parce que le réalisateur Damien Chazelle avait les moyens et le talent pour faire un film de qualité, ce qu’il a réussi sur de nombreux plans cinématographiques, mais pas musicaux. Frustrant parce que pour un film censé parler de jazz, il parle en réalité de tout sauf de jazz.

La prochaine fois que vous évoquerez Whiplash avec un jazzman, conseillez-lui de revoir le film en gardant à l’esprit que le jazz, le conservatoire et la batterie n’y sont qu’un prétexte pour servir le propos d’un film sur le succès, la compétition et le dépassement de soi. Le jazz n’est que le décor, pas le sujet.