Memphis pour les passionnés de musique : ce que j’y ai vraiment vécu

Photo de Frédéric Barriol sur Unsplash
Photo de Frédéric Barriol sur Unsplash

Je ne suis pas allé à Memphis par hasard. J’y suis allé parce que c’est une de ces villes dont on sait avant même d’y poser les pieds qu’elle a compté dans l’histoire de la musique. Le blues, la soul, le rock and roll, tout ça est né ou a grandi ici. Mais entre savoir ça et le ressentir, il y a un monde. Et Memphis, selon les endroits où tu mets les pieds, peut te donner l’un ou l’autre.

Graceland : je n’étais pas fan d’Elvis avant d’y entrer

C’est peut-être la chose la plus honnête que je puisse écrire sur Memphis : je suis entré à Graceland en curieux poli, et j’en suis ressorti fan d’Elvis Presley. Pas par contamination touristique, pas parce que l’endroit t’y force. Mais parce que Graceland raconte quelque chose que les compilations et les imitations n’ont jamais réussi à transmettre : l’homme derrière le mythe. La maison est restée exactement comme elle était. Les moquettes, les couleurs criardes des années 70, la salle de billard, la jungle room avec ses meubles en faux bois et sa fontaine. Tout ça aurait pu être kitsch et pathétique. Ça ne l’est pas. C’est étrangement touchant.

Les musées autour de la maison, les voitures, les costumes de scène, les avions, complètent le portrait. À un moment tu réalises que tu n’es plus en train de regarder un monument, tu es en train de comprendre quelqu’un. Prévois la journée entière.

Sun Studio : le pèlerinage figé

Sun Studio, c’est l’endroit où Elvis a enregistré ses premiers singles. Où Jerry Lee Lewis, Johnny Cash et Carl Perkins ont tous mis les pieds dans la même pièce un après-midi de décembre 1956, par hasard, et ont joué ensemble pendant des heures. Le Million Dollar Quartet, comme on l’a appelé après coup.

La visite guidée est bien faite, le guide connaît ses histoires, et tu peux poser la main sur le micro d’Elvis. Mais on est clairement dans le pèlerinage. Tout semble ne pas avoir bougé depuis la mort du King, et c’est à la fois le charme de l’endroit et sa limite. On sort en ayant appris des choses, pas forcément en ayant ressenti grand chose. C’est le musée de quelque chose de vivant qui ne l’est plus.

La Gibson Factory : voir naître une guitare

Un détour que je recommande sans hésiter si tu es guitariste ou simplement curieux de savoir comment ces instruments sont fabriqués. La visite dure une heure et demie et tu passes du bois brut à la guitare finie, entièrement à la main. C’est l’un des rares moments à Memphis où tu vois quelque chose se faire, en temps réel, plutôt que quelque chose de conservé sous verre.

Beale Street : l’âme s’en est allée

Beale Street reste incontournable, et j’y ai passé une bonne soirée. Mais soyons honnêtes : c’est devenu très touristique. Les bars se succèdent, la musique sort de partout, l’ambiance est festive. Mais cette rue qui a vu naître le blues américain, qui a accueilli B.B. King avant qu’il soit B.B. King, a perdu quelque chose. On y mange et on y boit bien, on entend de bons musiciens, mais on sent qu’on est dans un décor plus que dans un lieu vivant. À visiter, mais sans en attendre trop.

La Full Gospel Tabernacle Church d’Al Green : le moment que je n’oublierai pas

Je gardais ça pour la fin parce que c’est ce dont je me souviens le plus, et de loin.

Je connaissais Al Green depuis Ally McBeal, dans laquelle il joue son propre rôle. Je savais qu’il était devenu révérend et qu’il officiait le dimanche dans son église à Memphis. J’ai vérifié l’adresse, j’ai vu que mon séjour tombait un dimanche de Pâques, et je me suis dit que si jamais il y avait un dimanche pour tenter sa chance, c’était celui-là.

L’église est excentrée, loin des circuits touristiques. Rien ne ressemble à une attraction. Tu entres, tu t’assieds parmi les fidèles, et tu réalises très vite que tu es dans une vraie messe, pas dans un spectacle pour visiteurs. Et puis Al Green arrive, avec son band complet derrière lui. Ce qui se passe ensuite est difficile à décrire. C’est une messe, oui. Mais donnée comme un concert, avec une énergie, une générosité, une présence scénique que j’ai rarement vues ailleurs. La frontière entre le gospel et la soul disparaît complètement. Les gens chantent, certains pleurent, tout le monde est debout.

C’est le genre de moment pour lequel on voyage.