Pop-rock : trop pop pour les rockeurs, trop rock pour les autres

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Pop-rock : trop pop pour les rockeurs, trop rock pour les autres

Il y a un débat qui revient régulièrement dans les conversations sur la musique, celui de l’authenticité. Qu’est-ce qui est « vrai » et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Qui a le droit de se revendiquer d’un genre, et qui en est exclu ? Le pop-rock est probablement le genre qui a le plus souffert de ce débat, coincé depuis ses débuts entre deux camps qui ne voulaient pas vraiment de lui.

J’ai grandi avec ce son. Et honnêtement, je n’ai jamais compris le problème.

Comment on en est arrivé là

Pour comprendre le pop-rock, il faut remonter un peu. Dans les années 60, le rock’n’roll américain produit une ramification plus mélodique et plus accessible que ses cousins plus rugueux. Ce rock plus doux, plus construit harmoniquement, va progressivement fusionner avec la pop music naissante pour donner quelque chose de nouveau.

Les influences sont nombreuses et viennent de directions différentes. Simon & Garfunkel apportent une sophistication mélodique que le rock brut n’avait pas. The Beach Boys introduisent des harmonies vocales complexes qui doivent autant à la musique chorale qu’au rock de garage. Les Beatles, surtout à partir de 1965, expérimentent avec les arrangements et les instruments d’une façon qui fait éclater les frontières du genre.

Ce terreau donne naissance à quelque chose qui n’est ni tout à fait pop ni tout à fait rock, et qui trouvera son nom et sa pleine identité dans les années 90.

Le grief des puristes

Les amateurs de rock dur ont un argument contre le pop-rock qu’il faut prendre au sérieux même si on ne le partage pas : le genre sacrifie l’énergie et la rébellion du rock sur l’autel de l’accessibilité commerciale. Là où le rock dans ses formes les plus pures cherche à déranger, à provoquer, à transgresser, le pop-rock cherche à plaire au plus grand nombre. C’est une musique de consensus, et pour certains, une musique de consensus ne peut pas être du vrai rock.

Ce n’est pas complètement faux. Elton John, Paul McCartney, George Michael, Rod Stewart : ce sont des artistes qui ont toujours eu pour ambition de toucher le plus grand public possible. Leur virtuosité n’est pas en cause, mais leur rapport à la transgression est effectivement différent de celui d’un groupe de punk ou de métal.

Ce qui l’est aussi, c’est leur capacité à écrire des chansons qui traversent les décennies sans prendre une ride. Et ça, les puristes ont du mal à l’expliquer.

Ce que le pop-rock fait mieux que les autres

La guitare électrique, la basse, la batterie, le clavier, parfois le synthétiseur : l’instrumentation du pop-rock est celle du rock, mais utilisée différemment, avec plus de souci de la mélodie et de la construction harmonique.

Ce que ça produit, dans les meilleures versions du genre, c’est une musique qui a la puissance physique du rock et la mémorabilité immédiate de la pop. Des chansons qui vous rentrent dedans et qui ne ressortent plus. « Rocket Man » d’Elton John, « Maybe I’m Amazed » de McCartney, « Careless Whisper » de George Michael : on peut discuter de l’étiquette, on ne peut pas discuter de l’efficacité.

J’ai grandi dans les années 80-90, et le pop-rock était partout, à la radio, dans les films, dans les publicités. Cette omniprésence lui a valu d’être souvent méprisé par ceux qui se définissaient par des goûts plus pointus. Mais la nostalgie est une force puissante, et beaucoup de gens qui snobaient ce son à l’époque le réécoutent aujourd’hui avec une tendresse qu’ils n’auraient pas assumée à vingt ans.

Le pop-rock n’a probablement pas changé le monde comme le punk ou le grunge ont prétendu le faire. Mais il a accompagné des millions de vies ordinaires avec une générosité et une efficacité que les genres plus austères n’ont pas toujours su offrir.

Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.