« A Star Is Born » : Bradley Cooper a failli me convaincre qu’il était rockeur

A star is born

Il y a un moment dans « A Star Is Born » qui résume tout. Jackson Maine, le personnage de Bradley Cooper, attire Ally sur scène devant des milliers de personnes pour qu’elle chante avec lui pour la première fois. Elle résiste, puis elle y va, et ce qui se passe ensuite est une de ces séquences de cinéma qui vous clouent à votre siège.

Ce moment fonctionne parce que vous oubliez que vous regardez des acteurs. Cooper a passé des années à apprendre la guitare et le chant pour ce rôle, et ça s’entend vraiment. Lady Gaga n’a rien eu à apprendre, elle sait déjà tout faire, mais ce qu’elle fait ici est différent de tout ce qu’elle avait fait avant : elle joue quelqu’un qui n’a pas encore conscience de son propre talent, et cette fragilité-là, cette façon d’occuper la scène comme si elle n’y avait pas vraiment le droit, c’est une performance d’actrice autant que de chanteuse.

« Shallow » et le problème des chansons trop parfaites

Je vais dire quelque chose d’impopulaire : « Shallow » a failli tuer le film pour moi. Pas parce qu’elle est mauvaise, elle est excellente, mais parce qu’elle est devenue tellement omniprésente tellement vite qu’il est devenu presque impossible de l’entendre dans son contexte original sans la parasite de tout ce qui l’a entourée après.

L’Oscar, les reprises en boucle, les émissions de télé, les mariages… « Shallow » est devenue une de ces chansons qui appartiennent à tout le monde et à personne en même temps. Ce qui est à la fois la marque d’un succès absolu et une forme de malédiction pour l’œuvre qui l’a produite.

Revoyez le film en essayant d’oublier tout ça. La scène où elle apparaît pour la première fois, avec cette montée progressive, ce passage du registre grave au registre aigu que Lady Gaga négocie comme personne, ça reste un moment de cinéma musical assez exceptionnel.

Ce que Cooper a compris sur les films musicaux

« A Star Is Born » est la quatrième version de cette histoire, après 1937, 1954 et 1976. Cooper n’avait donc pas à inventer le récit, il avait à le faire sien. Et ce qu’il a choisi de faire, c’est d’ancrer le film dans une réalité musicale très concrète, très documentée.

Les scènes de concert sont filmées caméra à l’épaule, dans la foule, avec toute la sueur et le chaos que ça implique. Il n’y a pas de magie hollywoodienne dans ces moments, pas d’éclairages parfaits ou de chorégraphies millimétrées. Vous êtes dans un vrai concert, ou du moins dans quelque chose qui y ressemble assez pour que vous oubliiez la fiction.

C’est exactement ce que fait Carney dans sa trilogie irlandaise, cette façon de traiter la musique comme quelque chose de physique et d’imparfait plutôt que comme un spectacle. Cooper a clairement regardé « Once » avant de commencer à tourner, et ce n’est pas un reproche.

La bande originale au-delà de « Shallow »

Ce serait dommage de résumer la bande originale à son single le plus célèbre. « Always Remember Us This Way » est peut-être la chanson la plus belle du film, celle qui dit le mieux ce que le film veut dire sur la création, sur ce qu’on laisse derrière soi, sur la façon dont une chanson peut survivre à celui qui l’a écrite.

« I’ll Never Love Again » dans sa version finale est dévastatatrice si vous avez suivi le film jusqu’au bout. Et « Black Eyes », qui ouvre le film, pose immédiatement le personnage de Jackson Maine : quelqu’un qui joue trop fort parce que c’est la seule façon qu’il a trouvée de tenir debout.

La diversité stylistique de la bande originale, du rock brut aux ballades country en passant par la pop, n’est pas un manque de cohérence. Elle raconte l’arc narratif des deux personnages, leurs influences qui se mélangent, leurs univers qui se heurtent et finissent par se fondre l’un dans l’autre.

Un film musical qui mérite mieux que sa réputation de véhicule à Oscar. Et une bande originale qui mérite d’être réécoutée loin du bruit qu’elle a généré.