Serge-André Jones : Le Retour, un EP au piano qui nous parle du changement

Serge-André Jones - Le Retour

Il y a des albums que l’on écoute en faisant autre chose. Et puis il y a ceux qui nous font poser ce que l’on était en train de faire, ne serait-ce que quelques minutes.

C’est un peu ce qui m’est arrivé en découvrant Le Retour, le nouvel EP de Serge-André Jones, que j’ai eu la chance d’écouter avant sa sortie officielle. Disponible dès le 15 octobre 2026, ce projet de trois pièces m’a surtout frappé par une chose : il ne cherche pas à nous raconter une histoire avec des mots. Il nous fait plutôt ressentir quelque chose.

Et cette chose, Serge-André Jones la connaît manifestement bien : le changement.

Pas le changement choisi, planifié, celui que l’on annonce autour d’un verre en disant que « c’est le début d’une nouvelle aventure ». Non. Celui qui arrive sans prévenir. Celui qui nous oblige à nous arrêter, à encaisser, à comprendre ce qui vient de se passer et, éventuellement, à apprendre à avancer autrement.

C’est précisément le fil conducteur de Le Retour.

Une musique qui raconte quelque chose sans paroles

L’EP est construit en trois mouvements. Trois étapes qui pourraient presque correspondre à trois chapitres d’une même histoire.

Le premier est celui du choc. L’incrédulité, la perte de repères, cette sensation étrange que quelque chose vient de basculer et que l’on n’a pas encore complètement compris quoi.

Puis vient le deuxième mouvement. Celui que j’ai trouvé particulièrement évocateur, parce qu’il ressemble à ce moment où l’on commence enfin à réaliser ce qui nous arrive. Les émotions arrivent par vagues, parfois contradictoires. Une nouvelle réalité commence à prendre forme, même si l’on n’est pas nécessairement prêt à l’accueillir.

Et puis il y a le troisième mouvement.

Celui du retour.

Mais pas vraiment un retour à ce qui existait avant. Plutôt un nouvel équilibre. Une manière différente de regarder les choses, avec des paramètres que l’on n’aurait évidemment pas choisis, mais avec lesquels il faut désormais composer. Et, progressivement, quelque chose qui ressemble à de l’espoir et à de la sérénité.

C’est ce qui m’a plu dans Le Retour : il ne donne pas l’impression de vouloir effacer ce qui s’est passé. Il semble plutôt accepter que certaines expériences nous changent et que retrouver son équilibre signifie parfois apprendre à vivre avec cette nouvelle version de soi.

Derrière le piano, un parcours très classique… mais pas seulement

Pour comprendre d’où vient cette sensibilité, il faut revenir un peu en arrière.

Serge-André Jones a commencé le piano à l’âge de six ans. Il a ensuite étudié l’interprétation classique à l’Université Laval auprès de Francis Dubé, avant de poursuivre sa formation à la maîtrise à l’Université de Montréal avec Paul Stewart.

Sur le papier, le parcours est donc celui d’un pianiste classique. Mais lorsqu’on découvre son univers, on comprend rapidement que Serge-André Jones ne semble pas particulièrement intéressé par l’idée de rester enfermé dans une case.

Il aime la scène, le contact avec le public, l’humour et la transmission. Ses spectacles solos cherchent autant à impressionner par la virtuosité qu’à créer une véritable proximité avec les spectateurs.

En 2025, il a d’ailleurs été découvert par un public beaucoup plus large grâce à son passage à Piano public, l’émission de Télé-Québec animée par Grégory Charles et Viviane Audet.

Et je trouve que cela éclaire aussi la manière dont il aborde sa musique : derrière la maîtrise technique du pianiste, il y a manifestement l’envie de faire vivre quelque chose à celui qui écoute.

Quand la campagne devient une source d’inspiration

Aujourd’hui installé à la campagne, en Estrie, Serge-André Jones trouve également une partie de son inspiration dans la nature qui l’entoure.

Cette dimension était déjà très présente dans son précédent album, De l’autre côté, sorti en février 2026 (notre article est disponible ici). Un projet plus introspectif, où se rencontrent imagination, émotion et virtuosité, et qui a ensuite donné naissance à un spectacle présenté notamment en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent durant l’été.

Avec Le Retour, cette dimension contemplative semble prendre une autre forme.

En l’écoutant, je me suis demandé si ce n’était pas justement ce que la musique instrumentale permet parfois de mieux faire que les chansons : laisser suffisamment d’espace pour que notre propre histoire se glisse dans celle de l’artiste.

On n’a pas besoin de connaître précisément l’événement qui a inspiré ces trois mouvements. Chacun peut y projeter quelque chose de différent. Une rupture. Un deuil. Un changement professionnel. Une mauvaise nouvelle. Une décision que l’on n’avait pas prévue. Ou simplement cette période de la vie où l’on réalise que l’on ne reviendra pas exactement à la personne que l’on était avant.

Et c’est probablement là que Le Retour m’a le plus touché.

Trois mouvements, et finalement une histoire assez universelle

Je ne prétendrai pas avoir les mots d’un musicologue pour analyser chaque mesure de cet EP. Mais je sais ce que j’ai ressenti en l’écoutant.

J’ai surtout eu l’impression d’entendre une musique qui laisse de la place.

De la place aux silences, aux souvenirs, aux émotions et à ce que chacun peut y apporter.

Et peut-être que c’est pour cela que le titre Le Retour fonctionne aussi bien. Parce qu’après certains bouleversements, on ne revient jamais exactement là où on était. On revient quelque part ailleurs. Avec autre chose. Parfois avec des cicatrices, parfois avec une nouvelle énergie, mais aussi avec la possibilité de retrouver une forme de calme.

Le nouvel EP Le Retour de Serge-André Jones sortira le 15 octobre 2026 sur toutes les plateformes.

Si vous aimez le piano, la musique instrumentale ou tout simplement les œuvres qui nous donnent envie de ralentir quelques minutes et de regarder un peu à l’intérieur de nous-mêmes, je vous conseille de lui prêter une oreille.

Moi, en tout cas, je sais que je vais y revenir.