
Je vis entre Paris et Montréal depuis 2017, et le Festival International de Jazz de Montréal fait partie de ces événements qui me rappellent pourquoi j’ai choisi cette ville. Chaque année, fin juin, la place des Festivals se transforme en quelque chose d’unique au monde : une ville entière qui respire au rythme de la musique pendant dix jours, avec des concerts gratuits à tous les coins de rue et des salles qui accueillent les plus grands noms de la scène jazz internationale.
La 46e édition se tiendra cette année, et le programme vient de tomber. Autant vous dire qu’il y a de quoi être enthousiaste.
Les chiffres qui donnent le vertige
Plus de 350 spectacles, dont les deux tiers sont gratuits. C’est ça le miracle du FIJM : vous pouvez passer dix jours à Montréal, ne dépenser presque rien en billets, et vivre quand même une des expériences musicales les plus riches de votre vie. La place des Festivals devient une scène permanente, ouverte à tous, sans billet, sans liste, sans dress code.
Les gratuits à ne pas manquer
Sur la Scène TD, plusieurs concerts gratuits méritent qu’on en parle spécifiquement.
Patrick Watson d’abord, dans le cadre de sa tournée Uh Oh. Si vous connaissez cet artiste montréalais, vous savez déjà ce que ça signifie. Si vous ne le connaissez pas encore, c’est le bon moment pour réparer ça. Ses passages au FIJM ont une réputation de moments magiques qui se méritent.
Angine de Poitrine ensuite, l’énigmatique duo du Saguenay devenu un phénomène mondial après sa captation aux Trans Musicales de Rennes. Ils s’emparent cette fois de la grande scène pour un spectacle gratuit qui s’annonce parmi les plus attendus de l’édition.
Willow, la fille de Will Smith, débarque enfin à Montréal avec son mélange de R&B, soul et jazz. Et Saint Levant, la sensation franco-palestinienne qui fusionne les sensibilités musicales de l’Ouest et du Moyen-Orient, complète ce tableau de la Scène TD.
L’hommage aux géants : Miles Davis, John Coltrane, Tony Bennett
Ce qui rend cette édition particulièrement spéciale, c’est qu’elle célèbre le centenaire de trois géants du jazz nés en 1926 : Miles Davis, John Coltrane et Tony Bennett.
Miles Davis sera honoré lors du concert We Want Miles à la Maison Symphonique, avec Marcus Miller, son dernier directeur musical. Un ciné-concert autour d’Ascenseur pour l’échafaud, le film de Louis Malle dont Davis avait composé la bande originale en 1958, complétera cet hommage.
L’héritage de John Coltrane sera célébré avec notamment une interprétation intégrale d’A Love Supreme par Isaiah Collier au Théâtre Jean-Duceppe. Si vous ne connaissez pas cet album, c’est une des œuvres les plus importantes de l’histoire du jazz. L’entendre joué en intégralité en live, c’est une expérience à part.
Pour Tony Bennett, c’est John Pizzarelli qui prend en charge l’hommage au Théâtre Maisonneuve.
Et vingt ans de Donuts de J Dilla
Vingt ans après la parution du mythique Donuts de J Dilla et son décès prématuré, DJ Jazzy Jeff rendra hommage au producteur légendaire au Club Soda avec le collectif Montréal Loves Dilla. Pour ceux qui ont grandi avec cet album, ce soir-là va être quelque chose.
Les étoiles montantes à attraper maintenant
Le FIJM a toujours eu cette intelligence de programmer des artistes avant qu’ils ne deviennent inaccessibles. Cette année, il faut surveiller Mohini Dey, une bassiste indienne de fusion jazz et métal qui joue professionnellement depuis ses dix ans. Ou Mei Semones, artiste de néo-bossa jazz qui chante en anglais et en japonais. Ou encore Destin Conrad et Annahstasia sur la Scène TD.
Fabiola Méndez, cuatrista connue notamment pour ses collaborations avec Bad Bunny, mérite également le détour. Et KOKOROKO, le collectif londonien qui fusionne jazz et afrobeat, revient au festival avec cette énergie qui lui est propre.

Ce qui me rend heureux dans tout ça
Le FIJM pourrait se reposer sur sa réputation et programmer uniquement des valeurs sûres. Il ne le fait pas. Chaque édition mélange les géants du passé, les stars du présent et les artistes de demain, avec une générosité et une curiosité qui forcent le respect.
Et puis il y a Montréal elle-même, qui se transforme pendant ces dix jours en quelque chose d’électrique. Si vous n’y êtes jamais venus pour le festival, c’est une des expériences musicales les plus belles que je connaisse. Toutes les informations et la billetterie pour les concerts en salle sont disponibles sur montrealjazzfest.com.
