
Il y a des chansons qui font du bruit le temps d’un été, puis disparaissent. Et il y en a d’autres qui s’installent, qui circulent, qui finissent par être reprises en chœur dans les manifestations. Balance ton quoi d’Angèle fait partie de la deuxième catégorie.
Sortie le 1er mars 2019, la chanson aborde frontalement le consentement sexuel, la culture du viol et le harcèlement de rue. Le titre joue avec le hashtag #BalanceTonPorc, le pendant français du mouvement MeToo, et c’est précisément ce clin d’œil qui lui donne toute sa force : une mélodie pop légère, presque innocente, qui porte un message on ne peut plus sérieux. Le contraste est voulu, et il fonctionne parfaitement.
Ce qui est remarquable avec ce titre, c’est qu’Angèle réussit à parler de sujets lourds sans jamais alourdir l’écoute. On fredonne l’air avant même d’avoir mesuré ce que les paroles dénoncent. Et c’est peut-être là sa plus grande réussite : toucher un public large, y compris ceux qui ne se considèrent pas particulièrement concernés par ces questions.
Le résultat commercial confirme l’impact : numéro un en France, en Suisse romande et en Wallonie, top 20 en Flandre, disque de diamant en France et triple disque de platine en Belgique. Des chiffres qui disent autant sur la qualité du morceau que sur l’époque dans laquelle il est sorti.
Le clip, réalisé par la photographe et réalisatrice Charlotte Abramow, est à la hauteur du texte. Esthétiquement soigné et narrativement inventif, on y voit Angèle incarner successivement plusieurs rôles : poupée adolescente accompagnée d’un chaton, victime puis avocate dans un décor de tribunal, et enfin animatrice d’une thérapie de groupe où des hommes sont invités à déconstruire leurs comportements sexistes. Chaque tableau est une métaphore, chaque costume raconte quelque chose. C’est du clip pensé, pas juste illustré.
Avec Balance ton quoi, Angèle prouve qu’on peut être pop et engagée, accessible et percutante. Une chanson qui n’a pas fini de résonner.
